08/11/2008

La chapelle Saint-Roch à Hauset (Raeren), la vie légendaire du saint et le développement de son culte

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La petite chapelle Saint Roch (die Rochuskapelle) est située au coeur du centre historique de  l’ancien Hauset: une partie du corps du bâtiment de la belle ferme (ferme Hick) qui  lui fait presque face date du dix-septième siècle au moins; au bout des champs qui entourent encore la chapelle était un ancien château cerné de douves: les pierres de ses ruines ont servi à construire une partie de la ferme; la ferme était sans doute la résidence d'un potier. Si l’on creuse la terre proche de la chapelle, on trouve en effet des tessons de poteries. La région est célèbre pour les fameuses poteries de Raeren.

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Ce que je vous propose de découvrir, ce sont quelques notes qui concernent l’histoire du beau village d’HAUSET et surtout une approche de la biographie légendaire de saint Roch et quelques remarques sur son époque. Venez donc vous reposer à l'occasion d'une promenade à l’ombre des tilleuls de la chapelle du saint, comme, pourrait-on dire, sous son patronage... 

Pourquoi le village est-il placé sous le patronage du saint? Pourquoi une chapelle à cet endroit? Toute la contrée comporte de nombreuses chapelles qui lui sont consacrées. De nombreuses personnes de la région connaissent des endroits qui sont dédiés au saint et des fêtes placées sous son patronage.

Qui était Roch? Et pourquoi la ferveur populaire lui a-t-elle consacré des lieux de prière? Comment une destinée fort individuelle, -Roch n'a pas fait de disciple marquant, n'a pas fondé de communauté, il n'a pas enseigné -, entraîna-t-elle une telle renommée et une telle dévotion dans les cantons de l'est comme partout en Europe d'ailleurs?

Le plan de ce petit travail comportera deux volets. La première partie sera brièvement consacrée à l'étude de la chapelle Saint Roch à Hauset. Cette partie n’est pas originale et est notamment inspirée de quelques pages du  livre que M. Nieberding offrit à la communauté paroissiale de Hauset  il y a quelques années et dont l’auteur est Ignace De Wilde. L’ouvrage n’existe qu’en allemand et en tirage limité, aussi nous sommes-nous  permis de nous en inspirer pour ce petit texte en français. Dans la seconde partie, nous nous attardons à l'étude de la biographie légendaire du saint, et nous nous efforçons de la situer dans le contexte historique et essayerons de tracer des pistes de rencontre avec le monde actuel.

1. LA CHAPELLE DE SAINT ROCH A HAUSET

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1.1. Histoire religieuse de Hauset 

Hauset est un petit village situé dans la région dite des trois frontières, au passé et au présent encore agricole, sans événement historique marquant. Son histoire s'englobe dans l'histoire de la région qui connut selon les époques les dominations ou les influences des dirigeants des actuels Pays-Bas, Allemagne et Belgique. 

Dans la période pré-Napoléonienne, la région faisait partie des duchés de Limbourg et de Brabant et fit ainsi successivement partie des zones d'influence hollandaise, bourguignonne, espagnole et autrichienne. Sous Napoléon, elle fut intégrée dans le département des deux Ourthes. Le Congrès de Vienne attribua la zone d'Eupen-Malmédy à la Prusse, et plus récemment, depuis la première guerre mondiale, au gré des guerres et des traités, la région ballotta entre la Belgique et l'Allemagne. Elle fait aujourd'hui partie de la régon germanophone de Belgique.

Du point de vue religieux, la région dépendit alternativement des diocèses de Liège et d'Aix-la-Chapelle. Les archives sont d'ailleurs dispersées entre les deux diocèses. Jusqu'en 1857, le village n'était pas constitué en paroisse indépendante mais dépendait d’abord de la cure de Walhorn , ensuite de la cure d'Eynatten. Plusieurs facteurs l'en firent s'en détacher, et notamment l'amélioration de la voirie et l'implantation d'une école primaire: en 1847, un chemin communal relia Hauset à Eynatten; de 1868 à 1870, on construisit une route reliant Hauset à Neutral-Moresnet (aujourd'hui Kelmis-La Calamine), c'est-à-dire qu'une liaison plus aisée fut établie à la grand route Aix-la-Chapelle-Liège; en 1854, une école fut fondée, grâce aux stimulations du système prussien d'éducation; à l'époque, une école nécessitait la proximité d'un lieu de culte, et Eynatten était trop éloigné. Aussi, malgré l'opposition de la cure d'Eynatten, les fidèles de Hauset obtinrent-ils  de pouvoir ériger une église: en 1857, la première pierre de l'Eglise néo-gothique de Hauset fut posée. Elle fut naturellement placée sous le patronage de saint Roch, puisque jusqu'alors le seul lieu de culte de Hauset était la chapelle dédiée à Saint Roch. Le diocèse de Aachen adjoignit Geneviève à Roch comme sainte patronne de la paroisse. Ainsi l'église de Hauset s'appelle-t-elle Saint-Roch-et-Geneviève.


1.2. La chapelle Saint-Roch

Historiens et archéologues situent l'ancien centre de Hauset à l'actuel emplacement de la chapelle Saint-Roch. Aujourd'hui le centre s'est déplacé autour de l'église Saint-Roch-et-Geneviève, située à 1 km de la chapelle. 

La chapelle en pierre date du 17ème siècle et fut délaissée au profit de l'actuelle église paroissiale dont la construction fut terminée en 1858.  

On trouve mention d'un lieu de culte (il est écrit "une église") à Hauset en 1469. De divers textes et cartes, on peut déduire qu'à l'endroit où est érigée l'actuelle chapelle il y avait un lieu de culte où étaient régulièrement célébrées des messes. Mais cependant aucune trace n'existe de listes de curés ou de chapelains pour ce qui concerne Hauset avant le dix-septième siècle. Pour arriver à des certitudes pour la période qui va du 14ème au 17ème siècle, il faudrait entreprendre des fouilles.  

A première vue, la chapelle étant sur une petite éminence, il est probable qu'il y ait des strates de constructions successives, probablement d'édifices en bois. 

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      Intérieur actuel de la chapelle

Un livre de comptes hollandais mentionne des frais de construction d'une chapelle à Hauset en 1672. Cela nous approcherait de la date de construction d'un édifice en pierre.

Dans la région, une chapelle à Saint Roch fut construite à Neu-Moresnet en 1646, une autre, vers la même époque, à Henri-Chapelle.

En ce qui concerne la construction de la chapelle au 17ème, un texte en latin extrait du registre des baptêmes et décès de Walhorn nous fournit une donnée historique importante: 

Peste obierunt a 18.juli usque 1.februarii 1637: 230 inter quos multi hispani milites absque non notatis nominatim in hoset ex eadem lue defunctis et in Walhorn (sepultis) 

Le texte est cité par Rutsch dans Eupen und Umgebung en 1879. On y apprend que 230 personnes périrent de la peste à Hauset en 1637, parmi lesquelles de nombreux soldats espagnols non identifiés et qui séjournaient à Hauset. 

De par ces divers éléments on peut imaginer le scénario suivant: qu'une chapelle en bois dédiée à Saint Roch fut érigée au moment de la peste de 1635-1637, ou juste après, et que quelques décennies plus tard, on construisit la chapelle de style baroque en pierres du pays. Les fidèles n'auront bien sûr pas attendu 1672, soit 35 ans après l'épidémie, pour faire leurs dévotions au saint guérisseur.

En 1679, on mentionne des travaux de plafonnage pour une somme de 27 florins. 

Les archives paroissiales mentionnent qu'en 1707 une cloche en l'honneur de la Vierge Marie fut bénie pour la chapelle de Hauset. 

Une grande restauration fut entreprise en 1899. La chapelle, on l'a vu, est mentionnée comme en très mauvais état au temps de la construction de l'église Saint Roch-et-Geneviève. Le curé de 1899 s'en inquiéta et réunit les fonds nécessaires à la restauration, une restauration dans le plus pur style Viollet-le-Duc, c'est-à-dire comportant un important apport néo-gothique. La chapelle en est sortie méconnaissable et les éléments baroques ont quasi disparu. Tous les comptes de la restauration sont disponibles et parfaitement détaillés. 

A cette époque, la famille des fermiers dont les champs et la ferme jouxtent la chapelle la dotèrent d'une statue de Saint Gérard Majella, pour lequel elle avait une dévotion particulière.

Depuis cette époque, la chapelle comporte trois statues de saints: la Vierge de Lourdes (autel central) est entourée de Roch et de Gérard Majella.

En 1960, un donateur local dota l'église paroissiale d'un clocher et en permit la totale rénovation. 

Des restaurations plus récentes ont été effectuées à la chapelle en 1980, en 1987 et 1995. 

1.3. Une chapelle vivante

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La chapelle de Saint Roch à Hauset pavoisée aux couleurs pontificales
 

La chapelle est bien vivante, et sans doute grâce à la constance dévotionnelle et au dévouement de quelques personnes: il y a quelques années, la descendante des fermiers Van Weersth, feue Anna Van Weersth, ouvrait de son vivant la chapelle à l'aube et la fermait au crépuscule. Elle l'entretenait, la fleurissait, l'illuminait de ses bougies dévotionnelles. Elle tenta de solliciter la générosité des gens du coin pour en remplacer la cloche, fêlée, mais décéda avant que ses efforts ne portassent leurs fruits. Elle la parait pour les processions. Une dame protestante (dans nos cantons résident pas mal de protestants) s'en occupait également, sans souci des orthodoxies respectives, dans un esprit convivial. 

La chapelle est régulièrement fréquentée tant par des visiteurs  qui suivent les itinéraires touristiques de la région que par les fidèles qui viennent s'y recueillir pour un temps de prière.
 

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La paroisse connaissait jusqu'il y a peu cinq processions par an: vers le premier mai, trois processions d'intercession et de bénédiction pour les semailles et les moissons et pour le bétail (saint Roch, un des saints dits guérisseurs les plus importants, par extension est devenu un saint que l'on invoque pour protéger le bétail de la peste et des maladies contagieuses) et le dimanche de la Fête-Dieu, une fête bien du pays puisqu'elle a été fondée à l'initiative d'une sainte liégeoise au milieu du moyen âge; une procession encore à la saint Marc. Aujourd'hui les processions regroupent, outre les fidèles,  des enfants en aubes blanches, un prêtre qui tient à bout de bras un ostensoir et que l'on protège d'un dais processionnel poré par quatre porteurs, et traditionnellement le Schützenverein local (compagnies de tireurs qui ont conservé un costume traditionnel).

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Le 16 août est le jour de fête du saint Patron: les reliques du saint conservées au pastorat sont alors montrées et honorées à l'église paroissiale. La chapelle est pavoisée aux couleurs pontificales.

2. SAINT ROCH ET SON TEMPS

2.1. Biographie légendaire de saint Roch, saint patron des pestiférés 

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Saint Roch est né vers 1340 d'un noble lignage à Montpellier dans le Sud de la France. A sa naissance, on aurait remarqué qu'il portait une marque de naissance sous la forme d'une croix rouge sur le côté gauche de la poitrine. Petit, il témoigna d'une grande dévotion envers Dieu et la Vierge. Lorsqu'il perdit ses parents, il fut placé sous la protection de son oncle, le duc de Montpellier. (Une autre version raconte qu'il confia sa Seigneurie à son oncle). Il distribua tous ses biens aux pauvres et fit voeu de pauvreté.

Il prit l'habit de pèlerin et partit pour Rome. A cette époque, l'Italie était désolée par la peste. Arrivé en Toscane, il se dévoua aux victimes de l'épidémie, et de même à Rome, puis à Plaisance. Il aurait guéri de nombreuses personnes de la terrible maladie en priant pour elles et en les bénissant du signe de la Croix.

San Rocco in una miniatura medioevale

Miniature du moyen âge

Atteint lui-même du fléau, qui se manifesta par une blessure ouverte à la cuisse, il fut chassé de la ville par crainte de la contagion et trouva refuge dans une grotte (autre version: une hutte de la forêt). Il y aurait dormi sur un lit de feuillages et se serait désaltéré de l'eau d'une rivière. Il serait mort de faim si, comme le veut la légende,  le chien d'un châtelain voisin ne s'était mis à refuser sa nourriture pour la lui porter. Ainsi chaque jour Roch aurait-il reçu du chien le pain qui lui était destiné. Le châtelain, étonné du comportement de son chien, le suivit dans les bois et découvrit Roch. Il en eut pitié, l'emmena au château où il le soigna.

Saint Roch voyagea à travers l'Italie du Nord pendant deux ou trois années avant de rejoindre son pays natal. Il y revint si affaibli et malade que les gens de la ville ne le reconnurent pas. Il fut jeté en prison comme espion, sans qu'on apportât aucune preuve d'une quelconque culpabilité. Il fut gardé prisonnier pendant cinq ans. Le 16 août 1378, un gardien entra dans son cachot et trouva Saint Roch à l'agonie. La prison, relate la légende,  était étrangement illuminée d'une lumière bleue, qui irradiait du corps du saint.  Lorsque la nouvelle en parvint au gouverneur (au duc), il se rendit à la prison et s'enquit de l'identité de Roch. Roch se fit alors reconnaître pour son neveu. Pour en avoir la preuve, on le déshabilla: la croix rouge était visible sur la partie gauche de la poitrine. Le gouverneur le crut alors. Une voix se serait alors fait entendre, annonçant que l'âme de Roch avait mérité la gloire immortelle au Paradis.

Même après sa mort, Roch aurait accompli de nombreux miracles.

Pour l'Eglise catholique, saint Roch est vénéré comme protecteur de la peste et de toutes les maladies contagieuses. Sa statue est considérée comme unique à cause de l'attitude particulière du saint, une pause inhabituelle: le saint est debout et est représenté avec sa main gauche désignant la blessure ouverte sur la cuisse gauche. Peu d'images de saints exposent blessures ou handicaps. La relique du  corps de Roch est conservé dans une châsse de verre dans l'Eglise San Rocco de Venise. Sa mort est commémorée le 16 août de chaque année. Il est notamment  le saint patron de la ville de Patricia, en Italie.

Immagine:San Rocco Venezia 2006-08-30.JPG

Eglise de Saint Roch à Venise

2.2. Parcours socio-historique autour de de la biographie de saint Roch

Plan de la section 2.2.

a. la question de la genèse du texte et de la diffusion de la légende. 

b. l'insertion des éléments du texte dans le contexte historique, sociologique  et religieux des quatorzième et quinzième siècles: des questions d'histoire générale (la quatorzième et la Peur en Occident), d'histoire des religions (les formes de la piété aux quatorzième et quinzième siècles en réaction à la Peur, les indulgences et les reliques), d'histoire de la médecine (qu'est-ce que la peste? La grande épidémie de 1348, Saint Roch et l'Université de Montpellier, un hasard?), L'Eglise au quatorzième, les grands pèlerinages: Compostelle et Rome, le voyage en Italie, la Rome du quatorzième, le Romieu, la fonction hospitalière).

a. Genèse de la biographie 

Comment cette biographie nous est-elle parvenue? Quelles en sont les sources? 

La plus ancienne vie de saint Roch connue fut écrite en italien, probablement par son ami GOTHART PALASTRELLI de Plaisance (Piacenza). L'original en est perdu, mais la bibliothèque de Nüremberg en possède une traduction allemande datée de 1484.

Outre cette version, un aristocrate vénitien, le gouverneur de la cité lombarde de Brescia, Francesco DIEGO, rassembla diverses versions orales et écrites dans une biographie qu'il publia elle aussi en 1484. 

Dans le cas de la vie de saint Roch, il vaut mieux parler d'hagiographie que de biographie au sens contemporain du terme, c'est-à-dire d'un récit édifiant où le légendaire se mêle au surnaturel pour constituer l'histoire, sur base d'élements biographiques réels.

En 1494, Hercules ALBIFLORIUS, d'Udine, publia une autre biographie. Ces textes, -les plus anciens, car de nombreuses versions existent, ont permis aux historiens contemporains de déterminer les principaux événements et les dates de la vie de Roch.

Comment se fait-il donc qu'un jeune homme inconnu, qui n'a laissé aucune trace ni orale ni écrite, ait pu devenir le saint que tout l'Occident s'est mis à prier, après sa courte existence?

Depuis la moitié du quinzième siècle en fait, l'Eglise a célébré le 16 août et pas seulement à Maguelonne, son diocèse d'origine, mais jusqu'au Danemark même. Sans doute le don de guérison que Roch a reçu est-il à l'origine de son renom.  

Essayons de reconstituer par hypothèse ce qui a pu se passer.

A la mort du Saint, le phénomène supposé qui entoura son décès, l'émission de lumière (un corps de lumière), la croix sur la poitrine, sont les signes qui ont dû impressionner les gens de VOGHERA. Le prisonnier avait dû raconter l'histoire de sa vie avant de mourir, peut-être en la confiant à son oncle. Il en résulta que cet inconnu, gardé prisonnier dans un recoin de la forteresse pendant cinq années, fut bientôt vénéré. Des soldats transportent son corps dans l'Eglise de Voghera, où l'on peut encore aujourd'hui observer la relique de son crâne. 

Ces premiers témoins, les gardiens de la prison, les militaires de la garnison, furent sans doute les premiers à répandre le culte de saint Roch. On se rendit sur sa tombe pour se recueillir ou demander son intercession.

Plus tard, certains avancent quarante ans après sa mort, on fit le rapprochement entre le guérisseur de Plaisance et le prisonnier de Voghera. 

Entre 1410 et 1420, la ville de Montpellier lui dédia une première chapelle et célébra sa fête le 16 août. Le fait est mentionné dans le texte de la loi municipale de Montpellier en 1440. 

Un concile, soit celui de Constance en 1414, ou plus vraisemblablement celui de Bâle en 1431, consacra la gloire officielle de saint Roch. Quand une épidémie attaquait certains évéchés, les évêques avaient recours à l'intercession du saint de Montpellier pour la combattre. 

La peste faisait des ravages considérables aux quatorzième et quinzième siècles. Des croyances se développèrent: les reliques des saints conservaient la puissance miraculeuse dont ils avaient fait preuve de leur vivant. Se les approprier, c'était s'approprier la vertu du saint ou sa protection. Désireuse de se protéger de la peste, la ville de Venise aurait ainsi envoyé un moine pour voler les reliques du corps du Saint de Montpellier.

Le vol eut lieu la nuit du 24 février 1485. Le voleur oublia deux os et un morceau de l'avant-bras. Pour protéger les précieuses reliques, Venise érigea une superbe basilique. Au siècle suivant, le Tintoret peignit les superbes fresques racontant la vie du pèlerin guérisseur. 

Ainsi, Saint Roch, canonisé par acclamation populaire, a-t-il été  honoré par  les chrétiens du monde occidental. Son culte fut confirmé par le pape Urbain VII en 1629. 

b. Le quatorzième, le siècle de la GRANDE PEUR en Occident 

Au temps de Saint Roch, la peur s'est installée partout. A chaque moment, les gens du quatorzième siècle s'attendent à voir le malheur les assaillir. L'infortune tombe du ciel: sécheresses prolongées, étés pourris, hivers trop froids et trop pluvieux, grêle (sans les techniques de l'agricultutre moderne, récoltes trop faibles ou inexistantes, famines); l'infortune vient de la mer: c'est croit-on un bateau qui apporta la grande peste d'orient en occident; le malheur vient de la guerre: des soldats ravagent les récoltes, confisquent les pauvres ressources des paysans, brûlent les villages; entre les batailles, c'est pire encore: ils errent en bandes, sans foyer et sans travail, ce n'est plus la peur qu'ils répandent, c'est la terreur. Le malheur vient des seigneurs propriétaires des domaines sur lesquelles travaillent les paysans lourdement taxés: la récolte est souvent insuffisante pour s'acquitter de leurs impôts. L'infortune assaille de toute part: sur les 30 ans d'âge moyen de la population (espérance moyenne de vie), une personne peut échapper 6 à 7 fois à la mort. La mort est si présente qu'au quinzième siècle, l'un des livres les plus répandus s'intitule "L'art de mourir".  

c. formes de la piété 

La piété jaillit notamment de la détresse. Les gens du quatorzième ne comprennent pas les raisons de leurs malheurs. Ils croient y voir l'action du diable, tapi partout et cherchant à les attirer en enfer. Le diable est présent parmi les gens mêmes, croit-on. Aussi se met-on à accuser des personnes de sorcellerie et à les considérer comme des suppôts de Satan. Les catastrophes subies peuvent aussi être interprétées comme la punition divine pour les péchés commis (un parallèle pourrait être établi ici avec l'attitude du père Paneloup dans la Peste de Camus, lors de son premier sermon ou avec certains discours fondamentalistes de pasteurs protestants américains lors de la première grande vague de sida, qui voyaient dans l'épidémie la main vengeresse de Dieu punissant justement les pécheurs incontinents).

La piété s'exprime sous diverses formes d'agir: pénitence, ferveur, compassion et générosité, recherche d'indulgences et culte des reliques, pèlerinages. 

-la pénitence: des pratiques pénitentielles qui nous semblent aujourd'hui excessives, voire barbares: le port de chemises de crins ou de ceintures cloutées, la pratique de l'auto-flagellation (on peut penser notamment aux bandes de flagellants qui parcouraient l'Italie), -la flagellation est pratiquée dans l'espoir d'apaiser la colère divine. Il y a une forme de pénitence particulière dans l'intention de certains pèlerins: spécialement dans les années de grands jubilés (1350, 1400),  les pèlerins cherchent à gagner des indulgences, cette pratique très lucrative de l'église catholique contre laquelle Luther s'insurgera violemment.

-la ferveur: toute personne qui apporte un soulagement est accueillie comme un sauveur. Pour ce qui est des guérisons, c'est entre autres une personne comme saint Roch. Les discours sur l'Illumination font le succès d'un prêcheur comme saint Vincent Ferrer, de même les entretiens d'un docteur de la Foi comme sainte Catherine de Sienne. Tous attirent des foules qui aspirent du plus profond à un bonheur inaccessible. Le combat pour la survie accroît la ferveur. 

-la compassion: la piété du quatorzième siècle s'exprime aussi dans l'agir chrétien. Les croyants savent que le Christ a souffert pour eux et que, dans un certain sens, Il souffre avec eux. Un grand amour pour ce divin compagnon de leur misère et pour la divine Mère se développe. La compassion pour les souffrances de Jésus et de Marie va fortement se développer. Un des exemples littéraires les plus marquants de cette forme de la piété est le Stabat Mater de Iacoppone da Todi (ce texte de la littérature latine médiévale connaîtra un succès retentissant jusqu'à aujourd'hui parce qu'il est devenu livret musical: on pourrait par exemple écouter  les Stabat Mater de Pergolesi, Vivaldi, Rossini, Verdi ou Dvorak, pour ne citer que les plus célèbres). Peu après sont créés les Mystères de la Passion qui sont représentés sur les parvis des églises. 

-la générosité: la compassion pour Dieu s'exprime dans la compassion vis-à-vis du prochain. S'ils critiquent les causes de la maladie (le péché), les chrétiens ne manquent pas de générosité. Nombreux sont ceux qui distribuent de larges aumônes. Les nombreux hôpitaux ne manquent pas de personnel. Ce point sera abordé un peu plus avant.  

Ainsi, la Foi des chrétiens de cette époque, fortement marquée par la peur et la détresse, est-elle plus attentive à la Passion qu'à la Résurrection, plus consolatrice que dynamique. 

-les indulgences: caractéristiques de la piété médiévale, les indulgences sont liées à une certaine conception du Pardon de Dieu qui est décrit comme un Juge offensé. Chaque faute, même pardonnée, mérite châtiment et réparation. Pour éviter une trop grande punition après la mort et obtenir d'une certaine manière l'"indulgence" du divin Juge, les pénitents vont essayer de s'attirer le "Trésor des grâces" des saints et essayer de s'approprier leurs mérites ou de s'y mettre à couvert. Par la vertu de la solidarité chrétienne, -la Communion des Saints-, le plus faible (le pécheur) s'appuie sur le plus fort (le saint) pour accéder à Dieu. Cette pratique, peut-être noble à son origine, donna lieu à de grands excès comme celui du trafic des indulgences contre de l'argent, cause des scandales que l'on sait. Notons que la pratique des indulgences reste importante dans l'Eglise catholique, comme sa hiérarchie l'a rappelé à l'occasion du Jubilé de l'Année sainte 1983. 

-les reliques: elles furent l'objet de fréquentes dévotions. En fait, le peuple attribuait aux restes des saints le pouvoir qu'ils possédaient de leur vivant. Posséder les reliques d'un saint dans une ville, c'était s'assurer la protection du saint. Ceux qui n'en avaient pas les achetaient ou se les procuraient d’une manière ou d'une autre, au point qu'un véritable trafic de reliques, vraies ou fausses, s'installa bientôt. Des vols même n'étaient pas rares. L'Eglise réagit en en récupérant beaucoup et en interdisant la vénération de tout objet non reconnu par les autorités ecclésiastiques. Mais ces tentatives de l'Eglise ne purent contrer la ferveur populaire qui l'emporta souvent en ce domaine.  

d. Saint Roch et les malades, la peste, l'université de Montpellier 

Saint Roch se serait occupé des malades avec diligence. Il semble avoir reçu aussi un don de guérisseur. On pourrait supposer qu'il l'ait acquis à la fameuse école de médecine de Montpellier: à l'aide de son scalpel, il ouvrait les bubons des malades de la peste et nettoyait les plaies purulentes. Il réconfortait et consolait, traçait le signe de la croix sur les malades. Souvent, à son contact, à la suite de son intervention, les malades guérissaient. Cela se passa sans doute si fréquemment que les gens se mirent à parler de lui et reconnurent en Roch l'oeuvre de la bonté divine qui venait à leur secours. Le Saint a reçu le don de la guérison, un don particulièrement pratique et bénéfique à une époque où la médecine était encore impuissante face aux épidémies. La sainteté ne se mesure pas seulement aux nombres de guérison, signes tangibles certes, mais bien à l'amour du prochain: le pèlerin Roch aimait ses frères et soeurs en souffrance avec héroïsme. 

L'Eglise avance que nombreux sont les saints et les personnalités qui se sont dévouées voyant en tout prochain un frère ou une soeur dans le Christ. Ainsi, proche de Roch peut-on mentionner Saint François (le fameux épisode du baiser au lépreux est un exemple très connu de la charité compassionnelle de François). Plus récemment, on pense évidemment au Père Damien, à Mère Teresa, ou , proche de chez nous, à Soeur Léontine, ou à Soeur Emmanuelle,  figures marquantes épiphénoménales. Récemment des psychologues et des médecins se sont penchés sur la question de l'accompagnement des malades et des mourants. Les ouvrages de Kübler-Ross sont souvent cités comme outils de référence à ce sujet. 

La peste 

Un médecin pendant une épidémie

Le bacille occasionnant la peste fut découvert par YERSIN en 1894. Des puces contaminées sont porteuses du microbe. Après morsure, la fièvre monte brutalement jusqu'à 40° pendant la période d'incubation qui dure de deux à six jours. Des vomissements et une grande fatigue l'accompagnent. Puis un bubon, c'est-à-dire une tumeur qui grandit sur un tendon, se forme, généralement sur l'aine. Si le bubon se met à suppurer, le patient peut espérer la guérison (c'est ce qui est arrivé à Roch, et c'est d'ailleurs remarquable de voir dans son iconographie que la plaie sur la cuisse est ouverte). Dans le cas contraire, de petites hémorragies se forment sous la peau et donnent des taches de couleur noire, c'est d'ailleurs cela qui a donné son  nom à la peste noire. Ces hémorragies indiquent une issue fatale proche 

La puce du rat

Une autre forme de peste, la peste pulmonaire, est encore plus radicale. 

Avant l'utilisation des antibiotiques, la mort survenait par empoisonnement du sang dans 30 à 80 pour cent des cas, selon l'état de santé générale des individus.

La peste de 1348 

Image:Diffusion de la peste noire en europe 1347-1351.png

L'épidémie de 1348-1350 n'a certes pas été la seule. La peste ravagea l'Europe jusqu'au dix-neuvième siècle. Mais elle fut la plus étendue et la plus meurtrière. Les malades souffrant de la malnutrition commune au siècle avaient peu de résistance. On estime qu'un tiers de la population de l'Occident fut décimée.

L'épidémie causa la panique parmi les populations. Les chroniques de l'époque en témoignent.  

Parmi elles, citons celles d'Agnolo de Tura, de Guy de Chauliac ou de Louis de Boeringen: 

 "La peur de la mort paralysait tous les autres instincts. Le père abandonnait son enfant, la femme son mari, le frère son frère. Chacun vivait dans l'angoisse continuelle." (Tura)

"Charité était morte" (Chauliac) 

"Dans l'année du Seigneur 1347, la veille du premier jour de janvier, trois navires, remplis d'épices diverses et d'autres marchandises précieuses, abordèrent au port de Gênes, arrivant d'Orient et horriblement infectés. Lorsque les Gênois en prirent conscience, ces navires furent chassés du port  au moyen de flèches enflammées et de divers engins, car personne n'osait entrer en contact avec eux et risquer une mort immédiate. Ces navires furent renvoyés de port en port. Mais pendant leur voyage, ils avaient répandu une telle épidémie que sa diffusion dans les populations n'était pas seulement horrible à imaginer mais même qu'il était difficile d'en parler seulement" (Boeringen, lettre écrite d'Avignon en 1348). 

L'université de Montpellier 

Image:Montpellier Faculte medecine.jpg

Faculté de médecine à Montpellier
La ville natale de Roch est bien connue pour son université, spécialement pour ses facultés de médecine et de droit. Depuis 1221 l'école de médecine formait des étudiants venus de tous les coins de l'Europe et qui devenaient des médecins très estimés. L'université est plus ancienne encore: une lettre de saint Bernard datée de 1153 mentionne son existence et son indépendance. Depuis 1289, l'université de Montpellier, sur la recommandation du pape Nicolas V, possédait une faculté de droit romain, qui était également renommée. Le pape Urbain V y fut d'ailleurs étudiant, puis professeur. 

Contrairement à la majorité des autres facultés, celle de Montpellier échappait au contrôle de l'évêque qui vivait à Maguelonne. 

Les professeurs comme les étudiants étaient pour la plupart des laïcs. Pour cette raison, ils n'étaient pas liés à la loi qui imposait au clergé de ne pas verser du sang ou de ne pas couper dans la chair. Certains pensent aujourd'hui que les professeurs du quatorzième pratiquaient déjà la dissection à tel point que la médecine et la chirurgie étaient étudiées de concert. Ainsi se peut-il que saint Roch ait été à bonne école. Ses biographes mentionnent l'usage qu'il faisait de la lancette, un instrument chirurgical plat en acier, pour ouvrir les abcès causés par la peste. 

Aujourd'hui Montpellier est restée une grande ville estudiantine,  de 30000 étudiants, une des villes étudiantes préférées des étudiants français. Les écoles de sciences ont gagné en importance et ont été regroupées à la périphérie. Mais les deux facultés les plus anciennes sont toujours au centre de la ville.

L'école de médecine se trouve aujourd'hui dans l'ancien monastère bénédictin dont le pape Urbain V posa la première pierre alors que Roch avait quatorze ans. 

Les hospices, les hôpitaux 

Le moyen âge comportait de nombreux hôpitaux dans les villes et les cités. Ainsi la Florence de 1350 en comptait-elle trente qui pouvaient offrir jusqu'à 1300 lits. 

Au départ l'hôpital n'était pas spécifiquement conçu pour donner des soins, mais plutôt comme un lieu d'accueil général comme son étymologie l'indique d'ailleurs : l'hôte, mot qu'on retrouve dans une autre appellation de l'époque: l'hôtel-Dieu, ou encore dans hospitalité. Les vagabonds, les affamés, les pèlerins fréquentent davantage les hospices; les orphelins, les femmes enceintes, les gens âgés et les malades plutôt les hôtels-Dieu. Mais dans les petits établissements tout ce pauvre monde est mélangé. Seuls les lépreux sont traités séparément, dans les léproseries (qui seront transformées plus tard, lorsque la lèpre régressera en Europe, en asiles de fous). 

L'hôpital consiste surtout en une large salle où les lits sont rangés de chaque côté de l'allée centrale. Les lits sont larges et reçoivent chacun 3 à 4 personnes, malades ou non,...une situation idéale pour déclencher des  épidémies. 

L'hôpital est conçu pour le pauvre de Dieu. Le grand nombre de maisons d'accueil s'explique par la générosité des chrétiens qui pratiquent les sept oeuvres de charité. Tous les riches ont l'obligation morale ou  le désir de soutenir un de ces établissements. C'est un moyen de pratiquer la charité que préconise l'Evangile. Citons un chanoine célèbre, de Beaune, Nicolas Rolin "désirant échanger les biens du paradis pour les biens temporels à moi donnés... et reconnaissant les grâces et les bonnes choses que Dieu, source de tout bien, m'a confiées." 

L'Eglise contrôle la direction des hôpitaux. L'évêque a le droit de superviser l'administration des religieux, des frères et des soeurs qui entretiennent le bien, préparent les repas, distribuent les médications, etc. Les chapelains sont nombreux car il faut aussi prendre soin des âmes. C'est pourquoi, avant d'être admise, chaque personne malade se confesse-t-elle. Souvent un autel est érigé au bout de la chambre commune. La messe y est célébrée chaque jour. 

Les soins sont souvent rudimentaires: infusions d'herbes, bains, saignées. L'on ne connaît pas les causes des maladies ni les moyens thérapeutiques contemporains. Lorsqu'un cas est sérieux, on appelle le médecin de la ville. Sur le parcours du pèlerin Roch, ce n'est par exemple qu'en 1338 que l'hôpital de Marseilles, l'un des premiers, créa un service régulier de médecine et de chirurgie. 

Tel est le type d'endroits que Roch fréquenta peut être lorsqu'il fit son voyage vers Rome, et où il utilisa sans doute son talent de soigneur et ses dons de guérisseur. 

On peut se faire une idée de l’organisation d’un grand hôpital citadin à la fin du moyen âge en visitant par exemple les anciens hôpitaux brugeois: Saint-Jean ou encore la Poterie. 

e. les pèlerinages 

Pourquoi les gens font-ils des pèlerinages? 

Un pèlerin par Jérôme Bosch

Les motivations peuvent être multiples: certains ont promis de faire un pèlerinage s'ils ont obtenu une faveur et honorent leur promesse, d'autres se mettent en route pour qu'un voeu soit accompli, on demande une guérison, la venue d'un enfant, la conversion d'un proche. Certaines organisations  proposent un pèlerinage à des jeunes en difficulté, et espèrent que le pèlerinage donner un sens à leur vie, qu'ils n'ont jusque là pas trouvé. Il s'agit pour beaucoup de visiter les endroits où Jésus aurait vécu, où les saints ont laissé trace de leur passage. Certains partent sans trop savoir pourquoi, attirés par des amis, par exemple.

Le Dieu de l'Ancien Testament incite au départ: il demande à Abraham de partir, de laisser son pays, puis aux Hébreux de quitter l'Egypte. Jésus Lui aussi aurait incité à se mettre en chemin, de tout quitter pour le suivre. L'idée générale est qu'on ne peut commencer quelque chose de nouveau qu'en rompant avec le passé. 

L'aventure du pèlerin était sans doute souvent plus risquée et dangereuse dans le passé qu'aujourd'hui, mais, même aujourd'hui, partir,  se mettre en pèlerinage est considéré par ses adeptes comme un voyage qui consiste à se départir de soi-même pour se laisser conduire ailleurs. Pour les chrétiens, le pèlerinage recrée l'expérience de l'Eglise: l'Eglise, c'est est comme un bateau, une nef qui permet le voyage ensemble vers le Royaume (et en dehors duquel il n'y aurait pas de salut).

Le pèlerinage permettrait la découverte de l'autre dans sa diversité: jeunes et vieux, patrons et ouvriers, malades et bien portants, gens de tous peuples et toutes origines se retrouvent dans de mêmes assemblés, réunis dans un même but. 

Le pèlerinage provoquerait le changement et amènerait à  d'heureuses découvertes: expérience de la Divine Présence, silence de la prière intérieure ou enthousiasme d'une célébration, foules impressionnantes et diversité des pèlerins, expérience de la solidarité chrétienne. Il favoriserait d'importantes prises de décisions, des choix de vie cruciaux. De retour à la vie ordinaire, le chrétien emporterait  dans ses bagages la force du renouveau, rendrait possible un nouveau départ. 

Le romieu  

A l'époque de Roch, on appelait Romieu le pèlerin qui se rendait à Rome, Jaquot celui de Compostelle. Ainsi Roch fut -il un romieu. Rome, comme on pourra le lire ci-dessous n'est pas une ville glorieuse au quatorzième siècle et le catholicisme vit de sombres moments. Mais même au coeur des périodes les plus noires, les pèlerins ne désertèrent pas la capitale de la chrétienté, ni les tombes des apôtres et des martyrs. A Rome, le romieu pouvait résider dans les hôpitaux qui étaient restés ouverts. Ils disposaient d'un "Guide du pèlerin" proposant l'itinéraire à suivre: ainsi se rendaient-ils pour la prière dans sept basiliques, ils allaient se confesser chez le Grand Confesseur, qui leur donnait un certificat de pèlerinage. Quand tous ces rituels étaient accomplis, le Romieu s'en retournait l'âme supposée en paix et le coeur rempli de reconnaissance. 

Le voyage en Italie 

Quelle route Roch le romieu a-t-il pu prendre pour se rendre à Rome? Sans doute a-t-il longé la côte méditerranéenne, et dans ce cas n'a pu éviter Gênes. 

A cette époque, ce port est une des quatre grandes cités italiennes avec Venise, Milan et Florence. Gênes est en rivalité maritime avec Venise pour la suprématie commerciale sur la Méditerranée orientale. Quatre fois dans ce siècle, elles combattront les armes à la main pour s'assurer cette domination.  Ainsi l'Italie est-elle une mosaïque de villes et de provinces non unifiées. Celles qui restent des républiques sont l'exception: dans la majorité des cas, c'est le plus ambitieux qui s'empare du pouvoir et fonde une famille. La grande querelle entre les Guelfes (partisans du pape) et les Gibelins (partisans de l'empereur) contribue fort à diviser les villes et les provinces. Le fait que le pape réside en Avignon et le grand schisme contribuent à augmenter l'anarchie dans les Etats et dans l'Eglise.  

Le voyageur est probablement déconcerté lorsqu'il traverse les campagnes. A Florence et à Sienne, la prospérité règne: artisans industrieux, banques, ouvrages d'art abondent, mais quelques lieues plus loin sévissent désordre, misère et destruction. 

Au quatorzième siècle en Italie, le moyen âge déclinant pave la route de la Renaissance. 

Rome au quatorzième siècle 

L'ancienne capitale de l'Empire Romain est en piteux état lorsque Roch franchit ses murailles en janvier 1368. La cité qui a connu les parades de triomphe des armées victorieuses de Jules César ou les constructions des basiliques par Constantin est anémiée. Il n'y a plus que 35000 habitants (alors qu'à l'époque de sa gloire antique il y en avait eu près d'un million) qui traînent leurs pieds dans des rues sales et mal pavées, bordées de maisons en ruine et de terrains où broutent les chèvres. La population pauvre et déprimée est de plus minée par le fléau de la malaria. 

L'ancienne fleur de la Méditerranée a connu des épreuves terribles: assiégée et saquée cinq fois entre 410 et 546, dépossédée de son rôle de capitale par Constantinople et Milan, Rome avait été reprise en mains par les papes depuis Grégoire le Grand (590-604). Les papes résidaient au palais du Latran. Après le couronnement de Charlemagne (Noël 800), les papes s'étaient trop impliqués dans les batailles politiques que menaient les princes de l'Occident sans cesse. 

Cependant, entre conflits et violences, la cité connut certaines périodes de gloire. Ainsi l'année 1300, proclamée grand jubilé, marque un sursaut de vie. Des millions de pèlerins arrivent à Rome: on en compte jusqu'à 200000 par jour! Inutile d'évoquer les problèmes de logement. Ce fut une période de prospérité de faible durée. Neuf ans après, le pape quitte Rome pour Avignon. Il faudra attendre le retour du pape et la fin du grand schisme en 1418 pour que la cité reprenne vigueur et revive à nouveau.

Conclusion

Le but de ce texte était d'essayer de comprendre la présence du culte de saint Roch dans nos régions et l'érection de chapelles qui lui ont été consacrées. On a pu voir que le culte de ce saint a été privilégié parce que la croyance populaire lui attribuait des dons de guérisseur. Les épidémies successives de peste qui ont touché toute l'Europe ont fait le reste.

La chapelle actuelle, si elle a gardé son nom d'origine, n'est plus vraiment un lieu de dévotion au saint. Les fidèles qui s'y rendent pratiquent sans doute davantage la prière mariale. Cela tient notamment au fait que l'église catholique a dans l'histoire du vingtième siècle et notamment autour de Vatican II relativement réduit la place accordée autrefois au culte dévotionnel des saints.

Sources des photos

Photos de Hauset par Luc Roger. Les autres photos et la carte de l'épidémie de peste de 1348 sont empruntées à Wikipedia.

Texte

Luc Roger

Bibliographie

DE WILDE, IGNACE E.; TIMMERMAN, WILLY; MEUL, MAURICE; HAUSET, Antwerp, European University,1995, Brosschiert, Original-Umschlag illustriert s/w, 15,5x24cm, 224pp, illustriert s/w. ¶ Seine Neogotische St.-Rochus- und Genoveva-Kirche und die alte St.-Rochus-Kapelle.

Commentaires

Félicitation pour ce travail qui nous permet de découvrir des tranches d'histoire.

Écrit par : Serge | 12/11/2008

chapelle proficiat, faudra faire un link avec le hp de la ce.

Écrit par : hubert | 13/11/2008

photos hivernales je suis tombée par hasard sur des photos de Hauset,jai été très émue:j'y ai habité avec mes parents et mon frère y habite toujours.Mais j'y vais très rarement.Ces photos me rappellent ma jeunesse et ça me rend heureuse .Merci pour l'histoire de la chapelle st Roch

Écrit par : thunus alberte | 20/12/2008

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